Plan d'action pour une exploitation durable 

des ressources naturelles des Zones Humides en Casamance

Index de cette page :
  • téléchargement des rapports du premier atelier
  • téléchargement des rapports du deuxième atelier
  • restitution du congrès

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       le programme 2004   info zones humides
    Financement du congrès :

    nc-iucn

    NC-IUCN
    programme TRP


    Cooperation Francaise

    Coopération Française
    programme Casamance

    esa 2002
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    Travaux de restitution du congrès sur les zones humides en Casamance


    IDEE Casamance a organisé en février et mars 2003 un congrès à Ziguinchor, capitale régionale de la région naturelle de Casamance. Le principal but du congrès est l'élaboration d'un Plan Régional de Gestion Durable des ressources naturelles des zones humides en Casamance. Le congrès est reparti en deux colloques bien distincts :

    Les journées de concertation ont démontré un manque manifeste d'indicateurs empiriques des zones humides sur la base desquels un plan de gestion peut être élaboré. Ainsi, une des principales recommandations issues du congrès est de commencer avec la mise en place d'un réseau régional des zones humides, regroupant les acteurs étatiques et non-étatiques. Vu l'urgence et la nécessité d'agir, la mise en place immédiate d'un noyau dur est conseillée.

    Ce noyau dur, présidé et animé par IDEE Casamance, doit être composé des éléments suivants :
    La composition de chaque noyau change selon les actions et/ou activités à entreprendre.


    Dans ce contexte IDEE Casamance propose d'installer deux groupes de concertation et d'entamer les deux actions suivantes dans les plus brefs délais :
    1. Une recherche sur l'état des lieux des zones humides avec la définition d'indicateurs empiriques.

    La composition et l'évaluation dans les dernières 30 années de l'occupation du sol par les mangroves et les rizières de bas-fonds nous donne une indication précise de la dégradation des zones humides en Casamance. Ce travail est fait sur base d'images satellites. Les données d'occupation du sol des thèmes choisis sont ensuite utilisées dans l'analyse de possibles relations causales avec les influences climatiques et anthropiques. Les résultats sont utilisés pour la définition des axes prioritaires d'intervention et/ou de recherches à venir.
    1. Une recherche sur la nécessité, les possibilités et les modalités d'un repos biologique crevettier.

    Il s'avère que la biodiversité halieutique dans les zones marines et côtières est dangereusement menacée par une exploitation abusive. Bien qu‘il existe des réglementations d'utilisation d'engins de pêche, la pêcherie artisanale continue avec l'utilisation d'engins prohibés et des techniques abusives. Puisque les structures de contrôle manquent les moyens et la mentalité pour réaliser un suivi strict, beaucoup dépend d'une autogestion équitable des artisans mêmes. Pour éviter que des (groupes d')individus se livrent à une débauche d'un consensus installé, une sensibilisation de toute la filière est indispensable, mais pour cela le temps manque. Il faut agir vite. Un premier pas dans ce sens est l'installation d'une pause de la pêche totale sur certaines espèces, qui est facilement contrôlable à l'entrée des usines ou sites de débarquements. Vu l'importance économique de la pêcherie crevettière en Casamance et l'état menacé de l'espèce, le congrès a jugé nécessaire de se focaliser en premier lieu sur la gestion de cette filière. Les résultats d'intervention pour cette espèce serviront d'exemple pour toutes les autres ressources halieutiques côtières.
    Sur la base des expériences dans le Sine Saloum une analyse est faite sur la formulation d'un cadre de concertation régionale sur l'exploitation durable des ressources halieutiques côtières, unissant tous les acteurs étatiques et non-étatiques actifs dans la filière de la pêcherie crevettière. Sur demande explicite de ce cadre de concertation, impulsé par la nécessité (temporaire) manifeste sur le terrain, le Gouverneur érige un arrêté qui prohibe la pêche aux crevettes pour un temps et une zone bien déterminée. Préalablement, le noyau étudiera la nécessité réelle et les impacts positifs et négatifs d'un arrêt temporaire de la pêcherie crevettière.

    Après concertation avec nos partenaires, il semble que les premiers pas de ce noyau seront financés par NC-IUCN en collaboration avec WAMER, le bureau du WWF à Dakar.


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    Occupation du sol mangrovien


    Les PV  :

    PV    13/01/2004


    PV     12/03/2004


    Pour atteindre l'objectif initial, c'est à dire l'élaboration d'un Plan Régional de Gestion Durable des zones humides en Casamance , nous proposons la mise en place d'un noyau dit «  noyau occupation du sol mangrovien » (noyau OSM) qui est composé comme suit :

    Explication des sigles :
    Africare - ONG américaine active en Casamance
    ACRA - ONG italienne active en Casamance
    IREF - Inspection Régionale des Eaux et Forets
    DEF - Direction des Eaux et Forets à Dakar pour l'Analyse Stratégique de l'Environnement (ASE)
    ARD - Agence Régionale de Développement
    DRDR - Direction Régionale de Développement Rural
    CSE - Centre de Suivi Ecologique à Dakar
    IDEE Casamance - ONG, structure relais et animatrice

    Nous avons demandé au CSE à Dakar de nous donner une analyse de la dynamique d'occupation du sol mangrovien en Casamance. L'étude se fait sur base d'images satellitaires des années 1970, 1980, 1990 et 2000 et se concentrent autour des thèmes suivants :
    . les plans d'eau
    . les arbres de mangrove (Rhizophora et Avecennia)
    . les «tann»
    . les rizières de bas-fonds (rizières inondées par les marrées)
    Les produits de l'étude sont des cartes d'occupation du sol au 1/100.000 et 1/200.000 (1972) de la région naturelle de Casamance (Ziguinchor et Kolda), soit environ 25.000 km². Elles seront réalisées, à chaque date, pour chacune des six départements que compte la zone : Ziguinchor, Bignona, Oussouye pour la région de Ziguinchor et Kolda, Vélingara, Sédhiou pour la région de Kolda. Les cartes seront réalisées à partir de données spatiales, images de satellite LANDSAT, qui vont être géoréférencées : les images vont subir une correction géométrique, en se référant à des points de contrôle fixes facilement repérables. Le logiciel CHIPS de traitement des données spatiales va permettre d'extraire les superficies de chaque thème. D'une période à l'autre, il sera possible de déterminer l'évolution de chaque classe. Les couches linéaires et les localités seront extraites à partir de la base de données du CSE et complétées par une numérisation à l'écran. Les différentes couches sont intégrées dans les cartes avec le logiciel ARCVIEW, de même que la légende et l'échelle. Les cartes finales seront imprimées et livrées en trois (3) exemplaires. Un rapport final décrit le processus de réalisation des cartes.

    Un même appel d'offre est sorti au Netherlands Geomatics & Earth Observation B.V. (NEO B.V.) à Amersfoort, Pays-Bas.

    La planification de la première année

    Les cartes d'occupation du sol en zones humides nous permettent de déterminer l'état des lieux et donnent un aperçu de la dynamique d'occupation du sol pour les thèmes choisis : plans d'eau, végétation mangrovienne, « tanns » et rizières de bas-fonds. En prenant plusieurs aperçus établis sur les trois dernières décennies, nous pouvons évaluer leur évolution dans le temps.
    1. L'analyse de la dynamique d'occupation du sol dans le temps nous donne les indicateurs empiriques qui sont utilisés pour les études suivantes :
    1. Les conclusions de ces études fournissent le cadre de référence pour élaborer un plan d'actions prioritaires qui peuvent être une recherche dans un domaine précis ou une intervention d'urgence. La hiérarchie prioritaire des actions donne la planification des travaux du noyau.
    1. L'étude est accompagnée d'une collecte de données bibliographiques et informatiques relatives à l'environnement. La documentation se focalise en premier lieu sur les techniques appropriées d'une exploitation durable des ressources naturelles. La multiplication et la facilitation de l'accès à ces sources informatiques fournissent aux structures étatiques et non-étatiques (ONG, OCB, organisations paysannes et villageoises) une base solide pour la formulation de demandes d'actions qui sont transmis au noyau OSM. Ce feed-back populaire permet d'anticiper sur les éventualités de terrain et de réagir adéquatement sur les urgences dévoilées.
    1. Après la formulation de l'état des lieux des zones humides et de son évolution, un plan d'action est élaboré. La documentation bibliographique et informatique sert de support technique pour la formulation des interventions.
    Quatre réunions annuelles du noyau sont prévues (novembre, janvier, mars, mai), ce qui donne aux participants le reste de l'année pour recherche, concertation (interne) et travaux de réseau.

    Les activités du noyau « occupation du sol mangrovien » en 2003/2004 :
    l'analyse des images satellitaires et la cartographie est sous-traité. Un appel d'offre est sorti au CSE à Dakar (Sénégal), ROSELT Télédétection à Montpellier (France) et NEO B.V. à Amersfoort (Pays-Bas) ;
    la première séance en novembre 2003 du noyau OSM est consacrée à l'interprétation et à l'analyse des données cartographiques ;
    la dynamique d'occupation de sol est relativisée à plusieurs indicateurs comme la pluviométrie, la démographie, les interventions anthropiques et autres à déterminer. Les relations causales serviront comme points de départ pour déterminer les futures actions et recherches ;
    les zones humides sont généralement considérées comme terres arides et improductives sans valeur commercial et donc utilisable pour des activités commerciales à volonté. Pareil attitude néglige les effets secondaires de ces écosystèmes. Même si la production du sol est faible ou non existant, ces mêmes terres font partie intégrante d'un écosystème qui, à son tour, est une aire de reproduction et de repos pour une importante biodiversité. En même temps ces terres représentent un habitat pour populations et bétail qui est difficilement valorisant. Dans ce perspectif une analyse de la rentabilité des investissements (humains ou matériels) de sauvegarde ou de revalorisation de cet environnement aide à mieux comprendre ces initiatives ;
    le volet assistance technique aux populations est primordial pour la durabilité et la réussite des interventions proposées. En étroite collaboration avec les populations les techniques d'exploitation existantes passent en revue et sont adaptées aux nouvelles conditions environnementales. Le cas échéant des nouvelles techniques sont introduites et des nouveaux produits recherchés.
    les publications CTA et celles d'Agrodok de Agromisa à Wageningen, Pays-Bas se sont manifestées comme sources de référence dans le domaine de techniques agricoles appropriées. La gestion de l'écosystème ne peut se faire sans l'implication des habitants pour lesquels des techniques d'exploitation équitables des ressources doivent être trouvées. La bibliothèque avec la documentation Agrodok représente un vade-mecum approprié dont le contenu peut changer selon les besoins des demandeurs d'assistance technique. Ces manuels existent à côté du savoir-faire coutumier et les réglementations imposées par les coutumes locales ;
    la bibliothèque est en premier lieu centralisée à Ziguinchor, chef lieu régional, pour faciliter sa conception. Les vulgarisateurs de IDEE Casamance s'efforcent de promouvoir sa disponibilité auprès des populations. Dès qu'elle a atteint un contenu adéquat et selon les besoins exprimés, la diffusion est mise en route vers les villages. Une imprimerie de la place s'occupe de la multiplication et les manuels sont vendus à pas prix. Les services étatiques et ONG doivent puiser dans leurs respectifs budgets pour couvrir les coûts de revient de la bibliothèque. Les prix varient alors selon le destinataire.
    Un contrat de partenariat est élaboré avec Agrodok et le CTA qui permet une multiplication et une diffusion locale ;
    à part le vade-mecum bibliographique, d'autres sources d'information sont exploitées. Une analyse qualité-prix nous mène alors à l'Internet. Ce volet sera binôme : la recherche sur Internet d'information et la documentation de celle-ci. Le deuxième élément est la divulgation de ces données sur un site Internet où sont ajoutés les résultats de recherche et les rapports d'activités et d'avancement des actions. Par le biais de ce site une banque de données spécifique des zones humides en Casamance sera disponible pour tout intéressé ;
    la première année de rencontres du noyau OSM est utilisée pour concrétiser l'état des lieux des zones humides en Casamance.

    L'année est clôturée avec l'élaboration d'un plan d'action pour 2004 - 2005.


    Calendrier 2003 - 2004 :

    août – septembre
    travaux CSE
    novembre
    première des conférences mensuelles du noyau

    restitution des travaux de CSE
    décembre - juin
    conférences mensuelles du noyau

    présentation ASE

    évaluation des données présentées

    détermination de la valeur commerciale des thèmes

    étude des relations causales

    élaboration d'un plan d'actions
    août
    planification des activités du noyau


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    Repos biologique crevettier

    Les PV :

    PV     19/11/2003

    PV     05/01/2004

    PV     09/03/2004

    PV     27/03/2004

    PV    08/05/2004



    Le noyau dit «  noyau repos biologique crevettier  » est composé comme suit :

    Explication des sigles :
    Santa Yalla - GIE de femmes transformatrices de produits halieutiques
    GIPAC - Groupement interprofessionnel de la pêche artisanale en Casamance
    SR Pêches - Service Régional des Pêches
    CERP - Centre d'expansion rurale polyvalent de Niodior en Sine Saloum
    ARD - Agence Régional de Développement
    IRD - Institut de Recherche pour le Développement à Dakar
    CRODT - Centre de recherche océanographique de Dakar-Thiaroye
    Gouvernance/Conseil régional
    IDEE Casamance - ONG, structure relais et animatrice

    Les activités du noyau « repos biologique crevettier » :

    Le but du noyau RBC est d'organiser les travaux préparatoires qui aboutissent à l'installation d'un cadre de concertation des ressources halieutiques côtières dont l'objectif est l'élaboration et l'exécution d'un plan de gestion participative des ressources halieutiques côtières. Ce cadre de concertation réunit tous les acteurs (étatiques, privés et artisanaux) de la pêche côtière. Cette commission paritaire définit la réglementation qui assure une exploitation équitable des ressources halieutiques. Les relations externes avec les partenaires économiques des pays importatrices doivent conscientiser les consommateurs Européens de la provenance écologique du produit halieutique Ouest-Africain. Ainsi, le rapprochement entre producteur Ouest-Africain et consommateur Européen tisse des liens de cœur qui facilite l'augmentation des prix dont les revenus supplémentaires sont destinés aux producteurs qui assurent l'approvisionnement écologique. Dans cette logique les consommateurs Européens participent avec les producteurs locaux à veiller sur une exploitation durable des ressources halieutiques.

    Les premières séances de concertation du noyau « repos biologique crevettier » se focalisent sur la présentation et l'évaluation de ces données. A la suite de ces séances de concertation un plan d'actions prioritaires est formulé et un calendrier définit.


    Note introductif pour les séances préparatoires sur le thème :

    basé sur des articles par Louis Le Reste et Anis Diallo, 1994, 1995 et Cormier-Salem (1992)

    La crevette indigène en Casamance est Penaeus notialis dont le volume pêché annuellement est entre 700 et 1 600 tonnes selon les informations du CRODT.

    La pêche des crevettes a débuté en 1960 dans I'estuaire de la Casamance. Elle n'est autorisée qu'entre Ziguinchor et Goudomp, les crevettes étant généralement petites au-delà de ces limites. Jusqu'en 1984, les pêcheurs capturaient uniquement les crevettes en migration vers la mer à l'aide de filets en forme de pêche fixée de part et d'autre de pirogues ancrées dans le chenal.

    Selon Marie-Christine Cormier-Salem (1992 :256) les engins de pêche à la crevette comprennent un filet maillant passif, appelé filet filtrant à l'étalage, et des supports flottants. Le filet est tendu sur ces supports, perpendiculairement au courant et les crevettes se prennent dans les mailles, entraînées par la décrue (les crevettes ont pour particularité de se laisser porter par le courant). P.A. Seck (1980) donne l'exemple d'un filet en Casamance dont la nappe a 11,20 m de longueur étirée et 9,20 m de profondeur étirée. Les mailles ont 22 mm de coté. Les supports sont de divers types, pirogues, flotteurs ou piquets.

    En Casamance, le modèle le plus répandu comprend les éléments suivants : une pirogue de 5-6 m, solidement amarrée au fond avec une grande ancre, constitue le dispositif central permanent. En abord de chaque coté de la pirogue, se trouvent deux bâtons horizontaux ou traverses qui assurent la fixité de la pirogue et l'ouverture horizontale des filets. Quatre bâtons verticaux appelés gemu, deux pour chaque filet, assurent le maintien et l'ouverture verticale des filets. A l'extrémité des traverses, sont fixés des flotteurs, fûts de 200 l ou morceaux de liège. Enfin, trois amarres, appelées filas, complètent le dispositif de fixation. Les amarres sont reliées à un câble, attaché lui-même à la grande ancre. Une amarre relie l'ancre à la pirogue, les deux autres amarres relient l'ancre à chaque filet.

    Deux variantes à ce dispositif sont relevées en Casamance : le law fer ou mouillage se caractérise par l'absence de la pirogue centrale remplacée par un gros flotteur en liège, auquel sont attachés en permanence les traverses et les flotteurs. Le maniement des filets est rendu plus difficile mais le coût de cet engin est moins élevé. Le système sa barigo est caractérisé par l'absence de flotteurs remplacés par des piquets fichés dans les fonds sableux. Ce dispositif ne peut tenir que dans les milieux où le courant est faible.

    Depuis 1985, ils utilisent également des filets maillants qui leur permettent de capturer, dans les zones peu profondes, des crevettes plus petites que celles pêchées dans le chenal. Ils pêchent aussi massivement en aval de Ziguinchor.
    Comme chez la plupart des pénéides côtiers, la reproduction a lieu en mer. Au terme d'une phase de vie planctonique, les postlarves pénètrent dans les estuaires. Les crevettes retournent en mer à une taille variable qui dépend des conditions environnementales dans l'estuaire. Au Sud du Sénégal, la reproduction est continue toute l'année mais relativement plus importante entre juillet et janvier (Lhomme, 1981). Dans l'estuaire de la Casamance, en 1978 des recrutements de postlarves ont été observés toute l'année mais deux maxima ont été notés de janvier à avril et en septembre-octobre (Le Reste, 1982).

    Les captures annuelles sont corrélées négativement avec la pluviométrie entre environ 1,5 et 0,9 m. Les captures maximales sont atteintes alors que l'estuaire est sursalé, la salinité moyenne étant d'environ 44 ‰ à la limite aval de la zone de pêche et étant plus élevée encore en amont. Ce résultat est dû en grande partie à l'évolution des captures numériques des crevettes de taille commercialisable (longueur totale 8 cm). Quand la pluviométrie devient inférieure à 0,9 m, les captures, tant numériques que pondérales, sont susceptibles de s'effondrer. Le poids individuel des crevettes pêchées varie de façon parabolique en fonction de la pluviométrie et est maximum lorsqu'elle atteint 1 à 1,2 m, ce qui correspond à une salinité moyenne d'environ 35‰ à la limite aval de la pêcherie, la salinité en amont devant être du même ordre.
    Les bouleversements intervenus dans la pêcherie en 1985 ne sont pas fortuits et correspondent à un effort des pêcheurs pour améliorer leurs rendements après l'effondrement des captures en 1984. La pêche des crevettes avant qu'elles n'aient atteint la taille de migration n'est pas forcément condamnable; il a été vu que lorsque la pluviométrie atteint 0,9 à 1,1 m. l'augmentation des captures numériques peut compenser, et au-delà, la diminution du poids individuel. I1 n'est pas sûr cependant que, même dans ce cas, le gain en tonnage s'accompagne d'un gain en valeur.

    La pêche des crevettes n'est autorisée qu'entre Ziguinchor et Goudomp pour deux raisons :
    - les crevettes sont souvent plus petites en dehors de ces limites (LHOMME, 1981; LE RESTE, 1987) ;
    - les ancres déchirant les filets à poisson, le confinement de la pêche crevettière entre Ziguinchor et Goudomp permet de réserver de vastes zones à la pêche du poisson, essentielle pour l'alimentation de la population.
    A partir de la fin des années soixante, le déficit pluviométrique observé dans toute la zone sahélienne a eu pour conséquence une augmentation de la salinité dans l'estuaire, bénéfique pour la pêcherie de crevettes : les captures et la taille des crevettes pêchées ont augmenté (LE RESTE, 1984, 1992).
    Cependant, en 1984, consécutivement à deux années particulièrement déficitaires en pluie, la sursalure a eu des conséquences négatives ; la production de crevettes, qui pouvait atteindre 1500-1600 tonnes certaines années, est tombée à moins de 800 tonnes. En outre, la chute des captures s'est accompagnée d'une diminution de la taille des crevettes pêchées et donc de la valeur au kilogramme (LE RESTE, 1992).
    Certains pêcheurs ont réagi à cette dégradation de la situation en adoptant des filets dérivants mesurant 100 m de long et plus qui leur permettent d'obtenir des rendements nettement supérieurs à ceux des filets fixes. Par ailleurs, l'interdiction de pêcher en aval de Ziguinchor, assez bien respectée jusqu'en 1984, ne l'est plus du tout.

    Situation dans la zone légale

    filets fixes et filets dérivants

    Le fait que les crevettes pêchées avec les filets dérivants soient plus petites que celles pêchées avec les filets fixes est un résultat relativement trivial. Les deux filets fonctionnent comme des pêches et, comme ils ont la même maille, la taille des crevettes pêchées par chacun dépend essentiellement de la structure démographique des populations qu'ils exploitent. Les filets dérivants sont utilisés dans les zones où le courant n'est, pas très fort, sur les hauts-fonds de part et d'autre du chenal. C'est dans ces zones que sont localisées préférentiellement les jeunes crevettes (PARKER, 1970; GALOIS, 1975 ; STAPLES, 1980; LE RESTE, 1982). Les filets fixes, eux, sont mouillés dans le chenal où le courant est plus fort et capturent les crevettes plus grandes en migration vers la mer.

    filets fixes avant et après 1985


    La taille moyenne des crevettes en migration variant en fonction des conditions environnementales, nous avons tenté de comparer les résultats de 1987 avec ceux qui auraient été obtenus avant 1985 dans les mêmes conditions halines. Si on prend comme références les résultats calculés, il semble que la taille des crevettes pêchées à Niaguis en 1987 ait été à peu près normale. Sauf en juillet, la taille observée est toujours très proche de la taille théorique et elle oscille de part et d'autre de celle-ci. Dans la moitié amont de la zone de pêche légale, en revanche, il semble bien que les crevettes pêchées en 1987 par les filets fixes aient été anormalement petites ; non seulement les moyennes observées sont significativement inférieures aux moyennes théoriques dans onze cas sur douze, mais elles sont aussi significativement inférieures à ces moyennes diminuées de l'écart type dans huit cas sur douze.

    Par ailleurs, les tailles sont si petites à Tambakoumba et surtout Goudomp que le gradient de taille le long de l'estuaire, en amont de Ziguinchor, est devenu négatif vers l'amont. Dans le passé, ce gradient était susceptible de s'inverser pendant une courte période : en fin de saison humide les années très pluvieuses ou en fin de saison sèche les années très déficitaires en pluie, quand la dessalure ou la sursalure en amont devenaient extrêmes. Cependant, si on considère la situation moyenne sur les deux périodes, il n'a jamais été observé de gradient négatif vers l'amont (LE RESTE, 1987). En 1966, alors que la salinité est descendue à 6 s à Ziguinchor en fin de saison humide et a atteint des valeurs forcément plus faibles en amont, le gradient de salinité étant négatif vers l'amont les années pluvieuses, le gradient de taille est resté positif vers l'amont. En 1984, dans un contexte halin tout à fait opposé, alors que la salinité a atteint 69‰ à Goudomp en fin de saison sèche et encore 47‰ en fin de saison humide, le gradient de taille sur les deux périodes s'est annulé mais ne s'est pas inversé. Pour la première fois, donc, en 1987, le gradient de taille moyen annuel s'est inversé en amont de Ziguinchor, très nettement même puisque la différence de taille entre Ziguinchor et Goudomp est de 3,5 mm (Lc) en moyenne. Cela ne semble pas pouvoir s'expliquer par la situation haline dans l'estuaire, puisque d'après la relation (1) le gradient de taille en 1987 aurait dû être positif vers l'amont aux deux saisons sèche et humide. En définitive, il semble bien que dans la moitié amont de la zone de pêche légale, les crevettes pêchées en 1987 par les filets fixes aient été anormalement petites eu égard à la situation haline.

    On peut alors se demander si la diminution de la taille des crevettes pêchées avec les filets fixes en 1987 n'est pas une conséquence de l'utilisation des filets dérivants à partir de 1985. Cette hypothèse est d'autant plus séduisante que la péjoration croissante des tailles vers l'amont coïncide avec un emploi relativement plus important des filets dérivants dans la même direction. D'après un recensement réalisé en octobre 1990 (GAYE com. pers.), on notait 93 filets dérivants pour 656 filets fixes dans la zone Ziguinchor-Baganga et 79 pour 107 dans la zone Tambakoumba-Goudomp. Toute la zone de pêche étant bordée de villages et longée par une route qui rend facile le mareyage, il est raisonnable de penser que l'effort, de pêche déployée à chaque niveau ne dépend que de l'abondance des crevettes. Aussi, plus que la valeur absolue de l'effort de pêche développé avec chaque engin, il est intéressant de considérer son importance relative. On constate alors que celle des filets dérivants est cinq fois plus importante dans la zone Tamhakoumba-Goudomp que dans la zone Ziguinchor-Baganga. Cette répartition est évidemment liée à la diminution du courant vers l'amont,, ce qui rend les filets fixes moins performants mais facilite au contraire l'emploi des filets dérivants.

    Il est possible que lors des opérations de mouillage des filets dérivants une partie de la population en cours de croissance s'échappe vers le chenal et soit capturée par les filets fixes. Dès lors, ceux-ci ne captureraient plus seulement les crevettes en migration vers la mer mais également des crevettes n'ayant pas terminé leur croissance dans l'estuaire.
    Il nous parait cependant plus vraisemblable que la diminution de la taille des crevettes pêchées par les filets fixes soit essentiellement la conséquence d'un rajeunissement de la population en place du fait de son exploitation par les filets dérivants. Il est intéressant de constater, en effet, que le gradient de taille négatif vers l'amont, anormal pour la Casamance étant donné les salinités pour l'ensemble de l'année, qui est observé chez la population migrante peut déjà être noté chez la population en place.

    Il est vrai qu'avant 1985, l'augmentation considérable de l'effort de pêche sur la population migrante, au fil des années, ne semble pas avoir eu de conséquence sur la taille des crevettes pêchées par les filets fixes (LE RESTE, 1992). Il est probable cependant qu'il en va différemment lorsque l'effort de pêche s'exerce sur la population en place. De telles diminutions de la taille ont déjà été signalées en mer (AILLOIJET et Kor, 1981 ; CJNAR et NAAMIN, 1984). Elles pourraient donc être observées en estuaire, notamment en Casamance où les crevettes peuvent rester jusqu'à une assez grande taille. Ce risque est d'autant plus réel que les techniques de pêche, tout en étant très efficaces, sont peu onéreuses et peuvent être amorties avec de faibles rendements. La rareté d'activités alternatives aidant, cela autorise des efforts de pêche - et donc une mortalité par pêche - très importants.

    Dans le cas d'une mortalité par pêche très importante dans la population en place, les crevettes qui autrefois pouvaient grandir sur place au-delà de la taille à partir de laquelle elles commençaient à migrer du fait des conditions environnementales atteindraient maintenant difficilement cette taille, d'où une diminution de la taille moyenne des crevettes en migration.

    Pêche clandestine en aval de Ziguinchor

    Avant 1984, l'interdiction de pêcher en aval de Ziguinchor était, assez bien respectée car les crevettes capturées en amont avec les filets fixes étaient nettement, plus grosses (LHOMME, 1981 ; LE RESTE,  1982) et de ce fait avaient une valeur marchande nettement supérieure. En 1984, du fait de la très forte sursalure de l'estuaire, sursalure qui augmentait vers l'amont, le gradient de taille s'est inversé en fin de saison sèche (LE RESTE et. (:OLLART-ODINETZ, 1987) et, logiquement, beaucoup de pêcheurs utilisant les filets fixes ont alors opéré en aval de Ziguinchor, dans la zone interdite. En 1987, sur  l'ensemble de l'année, les crevettes capturées par les fi1ets fixes dans la zone aval ont à peu près la même taille que celles qui sont pêchées en amont de Ziguinchor. Cependant, cela est probablement une conséquence de l'utilisation des filets dérivants en amont et non pas de la sursalure. Si on se réfère aux tailles calculées avec la relation, on aurait dû en effet observer un gradient positif vers l'amont.

    En se basant sur les observations antérieures à 1985, du seul fait des conditions environnementales, la disparition de gradient de taille le long de l'estuaire ne devrait être observée que pour des pluviométries exceptionnellement faibles ou fortes dans le contexte climatique act,uel (LE RESTE, 1987). De plus, quelle que soit la pluviométrie, il semble que le gradient ne puisse s'inverser que pendant quelques mois de l'année : en fin de saison sèche les années très déficitaires en pluie, en fin de saison humide les années très pluvieuses. La réglementation paraissait donc la plupart du temps logique eu égard au gradient de taille et était de ce fait plus facile à faire respecter. En revanche, avec l'utilisation des filets dérivants en amont,, il est à craindre que la disparition du gradient positif vers l'amont ne soit permanente.
    L'inadéquation de la réglementation serait alors chronique. Du seul point de vue de la gestion du stock de crevettes, la situation apparaît encore plus absurde quand on constate que les crevet,tes pêchées illicitement avec les filets fixes en aval sont plus grosses que celles pêchées en toute légalité avec les filets dérivants en amont.

    Gestion de la pêcherie

    Plusieurs études ont été réalisées à travers le monde, en mer, pour optimiser les résultats (tonnage et valeur) en jouant sur la taille à la première capture (LUCAS et al., 1979; CHANG CHENG, 1984; SLUCZANOWSKI, 1984; SOMERS, 1955; NICHOLS, 1986; CADDY, 1987; COURTNEY el al., 1991; DIE et WATSON, 1992). D'après LUCAS et al., pour Penaeus merguiensis en Australie, cette taille devrait, se situer entre 28,8 et 29,6 mm Lc pour optimiser les captures pondérales, et entre 30,6 et 32,6 mm Lc pour optimiser la valeur de la production. Pour Penaeus duorarum en Floride, les valeurs seraient respectivement égales à 100 mm (longueur totale) et 123 mm d'après Nichols, le sanctuaire des Tortugas étant destiné à protéger les crevettes mesurant moins de 103 mm (soit environ 21 mm Lc).

    En Casamance, en amont de Ziguinchor, l'utilisation des fi1ets dérivants qui, en 1987, capturaient des crevettes mesurant. en moyenne 17,8 mm ét,ait donc probablement moins rationnelle que celle des filets fixes qui ont capturé des crevettes mesurant en moyenne 19,l mm. Encore avons-nous vu que, en l'absence de filets dérivants, les tailles des crevettes pêchées avec les filets fixes à Tambakoumba et surtout Goudomp auraient été probablement plus grandes que celles qui ont été observées.
    L'extension de la pêche au filet fixe vers l'aval est bénéfique pour la pêcherie artisanale. Il semble en effet qu'après la colonisation de l'estuaire par les post larves, les crevettes grandissent, plus ou moins sur place avant de retourner en mer (LE RESTE et COLLART-ODINETZ, 1987). Les captures de la zone aval, zone qui n'était pratiquement pas exploitée avant 1985, se surajoutent donc à celles de la zone amont. Entre 1986 et 1991, les captures annuelles pour tout l'estuaire ont avoisiné 1600 tonnes dont environ 1400 tonnes pour la zone amont (LE RESTE, 1993). Les conditions environnementales ayant été favorables à une forte production, il n'apparaît pas d'une manière évidente que les filets dérivants aient eu un impact, positif ou négatif, sur le niveau des captures. Pendant la même période, le poids moyen des crevettes commercialisées n'a cessé de baisser, passant de 14,6 g en 1986 à 8,8 g en 1991. Cette diminution est évidemment due en premier lieu au fait que les filets dérivants pêchent des crevettes plus petites que celles capturées avec les filets fixes, mais probablement aussi à la diminution de taille des crevettes migrantes du fait de l'exploitation intensive de la population en cours de croissance. Dans un premier temps, l'exploitation des crevettes en aval de Ziguinchor a dû contribuer également à une diminution de la taille des crevettes commercialisées, puisque les crevettes pêchées en aval étaient traditionnellement plus petites que celles pêchées en amont,  mais ce n'était déjà plus le cas, nous l'avons vu, en 1987.

    L'usage des filets dérivants devrait donc être interdit, au bénéfice des filets fixes. Les captures pondérales en amont en seraient probablement peu affectées, mais la taille des crevettes pêchées et donc la valeur de la production augmenteraient sensiblement. La suppression des filets dérivants permettrait d'autre part de rétablir un gradient de taille positif vers l'amont. Il serait alors plus facile pour l'administration de faire respecter l'interdiction de pêcher les crevettes en aval. Cet aspect est loin d'être négligeable.
    Les conflits entre les pêcheurs de poissons locaux, Diola, et les pêcheurs de crevettes Toucouleur dans la zone aval peuvent, en effet être très vio1ents (CORMIER-SALEM, 1992). Dans l'hypothèse où les conflits entre pêcheurs pourraient être réglés et l'interdiction de pêcher en aval levée, cela permettrait d'améliorer les résultats de la période antérieure à 1985, les captures de l'aval s'ajoutant à celles de l'amont. Il faut par ailleurs souligner que, avant, 1985, le « sanctuaire » de la zone aval garantissait un recrutement important en mer et contribuait ainsi au maintien d'un stock de géniteurs suffisant pour que le recrutement des post larves en estuaire soit, stable dans le temps. Il permettait aussi que les crevettes grandies dans cette zone soient pêchées en mer, par les chalutiers, à une plus grande taille, ce qui était peut-être plus rationnel: il faut cependant, noter qu'une des priorités assignées au secteur de la pêche au Sénégal est la création d'emplois et les pêcheries artisanales répondent mieux à cette exigence que les pêcheries industrielles. En tout état, de cause, la situation actuelle cumule les inconvénients : production médiocre en termes de valeur dans la pêcherie artisanale, conflits entre pêcheurs, risques de  surexploitation à l'échelle du stock, administration bafouée.

    D'après DOPM ils étaient huit sociétés exportatrices de crevettes de Casamance, dont deux à Ziguinchor, en 1983. Aujourd'hui il ne reste qu'une ouverte à Ziguinchor : Ikagel.


    année

    nombre pêcheurs

    pirogues à moteur

    non-motorisées

    crevettes (tonnes)

    1983

    5.778

    284

    2.035

    1.160,3

    1984

    3.742

    301

    1.349

    522,3

    1986

    6.000

    419

    1.756

    1.536,0

    1988

    6.744

    448

    1.420

    1.676,8

    1989

    7.694

    506

    2.588

    1.733,6

    1992

    8.200

    1.075

    2.700

    951,4

    1993

    6.800

    550

    2.765

    255,2

    1994

    8.200

    712

    1.250

    939,3

    1995

    5.406

    1.328

    550

    887,2

    1996

    5.792

    630

    1.377

    1.066,1

    1997

    5.883

    1.943

    420

    1.193,3

    1998

    7.246

    1.860

    422

    819,0

    1999

    7.216

    2.015

    1.420

    1.037,9

    2000

    7.121

    916

    1.635

    1.797,7

    d'après CRODT


    Les premières activités du noyau « repos biologique crevettier » :

    Suite à la formulation d'un cahier des charges une étude succincte sur la filière des crevettes en Casamance est réalisée par l'IRD, en collaboration avec le CRODT, sur la base de la documentation existante. Si nécessaire cette documentation est actualisée. Une attention spéciale est donnée au cycle biologique de la crevette, les techniques et volume de sa pêche et sa transformation.

    Le SR des pêches, en collaboration avec le GIPAC, donne l'inventaire actuel des acteurs de cette filière avec leur matériel et infrastructures.

    Le CERP de Niodior livre l'exemple d'un arrêté gouvernemental sur le gel temporaire de la pêcherie crevettière en Sine-Saloum. Si possible, le CERP de Niodior donne un aperçu des conséquences de pareil arrêté, plusieurs occasions à l'appui.


    Les premières séances de concertation du noyau RBC, « repos biologique crevettier » , se focalisent sur la présentation et l'évaluation de ces données. A la suite de ces séances de concertation un plan d'actions prioritaires est formulé et un calendrier définit.

    Quatre réunions annuelles du noyau sont prévues (novembre, janvier, mars, mai), ce qui donne aux participants le reste de l'année pour recherche, concertation (interne) et travaux de réseau.

    L'objectif principal est l'installation d'un cadre de concertation halieutique régional qui regroupe tous les acteurs de la filière halieutique : pêcheurs, groupements transformateurs, usines, mareyeurs, services de tutelle régionaux, Conseil Régional, Gouvernance, conseils ruraux, notables et chefs religieux et villageois. Ce cadre doit définir la réglementation nécessaire pour une exploitation durable des ressources halieutiques.

    L'installation d'un cadre de concertation halieutique régional est une initiative pilote qui doit faire tache d'huile au niveau national et sous-régional. Par conséquent, cette propagation nécessite l'introduction dans une politique nationale. Dans cette logique, la collaboration est cherchée avec le programme de gestion de la biodiversité des zones marines et côtières de la Banque Mondiale et WWF. Des contacts réguliers seront alors établis avec le bureau WAMER à Dakar, représentant régional du programme WWF.

    Le calendrier 2003 - 2004 :

    août - octobre
    étude IRD/CRODT

    inventaire SR pêches/GIPAC

    collecte des données par CERP Niodior
    novembre
    première des rencontres mensuelles du noyau
    décembre - mars
    évaluation des données en plénière
    avril
    élaboration d'un plan d'actions prioritaires

    formulation d'activités et calendrier

     
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    L'objectif principal est l'installation d'un cadre de concertation régionale sur l'exploitation durable des ressources halieutiques côtières qui regroupe tous les acteurs de la filière halieutique : pêcheurs, groupements transformateurs, usines, mareyeurs, services de tutelle régionaux, Conseil Régional, Gouvernance, conseils ruraux, notables et chefs religieux et villageois. Ce cadre doit définir la réglementation nécessaire pour une exploitation durable des ressources halieutiques.
    L'installation d'un cadre de concertation régionale sur l'exploitation durable des ressources halieutiques côtières est une initiative pilote qui doit faire tache d'huile au niveau national et sous-régional. Par conséquent, cette propagation nécessite son introduction dans la politique nationale. Dans cette logique, la collaboration est cherchée avec le programme de gestion de la biodiversité des zones marines et côtières de la Banque Mondiale et WWF. Des contacts réguliers seront alors établis avec le bureau WAMER à Dakar, représentant régional du programme WWF.
    Vu l'importance de la pêcherie crevettière en Casamance, la crevette est choisie comme espèce pilote. Par contre, le croquis développé pour cette espèce servira d'exemple pour toutes les autres espèces halieutiques côtières menacées.

    Le programme :
    Afin de concrétiser les premières initiatives d'une élaboration d'un plan de gestion participative des ressources halieutiques côtières, la pêcherie crevettière en Casamance est le point focal des activités initiales du noyau RBC. Les restrictions géographique (régionale) et de l'espèce (crevette) sont portées à une échelle supérieure dès que le plan de gestion est maîtrisé dans le contexte défini.
    Le but principal du projet est la conservation de la biodiversité halieutique côtière via une gestion durable et participative de ses ressources.
    Les groupes ciblés sont les populations et les autres acteurs actives dans la pêche côtière. Il s'agit des populations des onze communautés rurales longeant les zones de pêche (Diouloulou, Kafountine, Thionck-Essyl, Mangagoulack, Niamone, Coubalan, Diembering, M'Lomp, Enampore, Niaguis, Adéane), les structures inter-professionnelles (GIPAC, Santa Yalla, mareyeurs, transformatrices et pêcheurs), les usines, les unités d'exportation et les élus locaux. La participation des consommateurs Européens doit fournir la base financière et doit donner les coudées franches à l'opération.
    Les directives d'une gestion durable et participative des ressources halieutiques côtières se focalisent dans les zones de pêche sur la réglementation des zones et engins de pêche et sur le pesage continu de la biomasse disponible et les quantités de pêche. Dans la phase de la transformation des produits halieutiques les directives donnent le cadre d'un environnement de travail sain et un traitement des déchets salubre. Les frais de ces mesures sont couverts par le surcoût du produit qui se trouve sur l'assiette du consommateur Européen. Un programme d'information doit sensibiliser le consommateur qu'il accepte ce surcoût et qu'il participe ainsi à l'exploitation durable des ressources halieutiques côtières en Afrique de l'Ouest. Un label écologique du produit lui donne la garantie que ses dépenses supplémentaires sont justifiés.

    Les principales activités prévues sont :
    -    installation d'un cadre de concertation représentatif (acteurs et administration)
    -    faire l'inventaire général (biomasse, engins, pirogues, pêcheurs, débarquements, transformation, etc.)
    -    faire l'inventaire des techniques d'exploitation actuelles
    -    élaboration d'un plan de gestion
    -    élaboration d'un plan d'activités de contrôle et de suivi
    -    élaboration et introduction de techniques appropriées de pêche, de transformation et de commercialisation
    -    actualisation permanente de la réglementation et du suivi
    -    sensibilisation, éducation et information des groupes cibles

    Les objectifs :
    L'objectif global est une exploitation équitable des ressources halieutiques côtières Ouest-Africaines
    Les objectifs spécifiques sont :
    -    la gestion participative de toute la filière (de l'océan jusqu'à l'assiette) et englobant tous les acteurs
    -    la sensibilisation des consommateurs Européens via un label écologique
    -    le recentrage des revenus

    Les ressources humaines :
    En tant que structure animatrice, IDEE Casamance s'occupe des activités préparatoires et coordonne les premières réunions du noyau. L'équipe pour la mise en œuvre du noyau RBC est composée de :
    -    un consultant, membre de IDEE Casamance ou engagé par celle-ci, coordinateur
    -    un(e) secrétaire à temps partiel de 30%
    -    un(e) stagiaire d'une structure de formation professionnelle à temps partiel de 30%
    -    un(e) animateur à temps partiel de 30%
    L'équipe de base peut être renforcé selon les besoins et directives du noyau RBC. Ainsi, une collaboration ponctuelle peut être établie pour la réalisation des recherches, d'analyses ou toute autre activité nécessaire pour le bon fonctionnement du noyau. Les termes de références, les rémunérations et le cahier des charges sont mandatées par le noyau RBC.
    Un des points de mire est l'éducation d'un cadre local ce qui incite à la collaboration avec des structures de formation professionnelle de la (sous)-région.

    Le cadre de concertation :
    Après les travaux préparatoires du noyau RBC le cadre de concertation est rassemblé avec les représentants des structures suivantes :
    -    ARD
    -    Chefs religieux et coutumiers
    -    Communautés Rurales
    -    CONGAD
    -    Conseil Régional
    -    CRODT
    -    DRDR
    -    GIPAC
    -    Gouvernance
    -    Groupements de femmes marchandes
    -    Groupements de mareyeurs
    -    Groupements de pêcheurs
    -    Groupements de transformatrices
    -    IDEE Casamance
    -    IRD
    -    Législateurs
    -    Réseau national des Zones Humides
    -    Santa Yalla
    -    Service Régional des Pêches
    -    Unités exportatrices
    -    Usines

    La première réunion du noyau RBC est prévue en novembre 2003 à Ziguinchor. Les réunions du cadre de concertation doivent débuter en fin 2004.

     
    Note sur la nécessité et les atouts d'une collaboration entre les filières Ouest-Africaine et Asiatique :

    Nous supposons que les vertus du processus de développement Asiatique, qui se situent essentiellement à une structuration à la base de la société, peuvent bien faire bénéficier les acteurs Ouest-Africains et les consommateurs Européens. En même temps le renforcement d'une cohésion sociale se transforme  dans une gestion participative des ressources naturelles qui assurent la conservation de la biodiversité halieutique côtière. Les bénéfices Asiatiques se traduisent dans l'ouverture des marchés Européens pour les produits haut de gamme.

    Le retard apporté au processus de développement du continent Africain par rapport à l'Asie est, selon Roel van der Veen dans « Afrika. Van de koude oorlog naar de 21e eeuw », attribué aux phénomènes Africains suivants :
    1.    la présence omniprésente d'un clientélisme dominant
    2.    le manque d'accès au marché mondial
    3.    l'abus perpétuel dans les dépenses des revenus nationaux
    Le clientélisme provoque une vision statique du monde dont la conception conservatrice freine un développement économique. L'absence d'une classe bourgeoise laisse seulement aux membres du parti au pouvoir, qui par définition se sont appropriés les richesses de l'état, une survie économique et empêche la séparation entre le public et le privé, nécessaire pour un développement économique.
    Un transfert Sud-Sud des vertus du processus de développement Asiatique vers le continent Africain peut aider à  réformer les mouvements populaires jusqu'à aujourd'hui restreint dans leur développement par ce clientélisme. Dans cette logique, une attention particulière est attribuée à la formation de coopératives qui sont caractérisées par une bonne gérance financière et une transparence d'activités. L'adoption d'un label écologique pour les consommateurs Européens ouvre ce marché aux produits Africains et Asiatiques haut de gamme et dont les origines sont assurées.
    La vox populi des acteurs de toute la filière de la pêche côtière doit se manifester dans une gestion participative des ressources halieutiques. Vu leur développement avancé, les structures participatives Asiatiques serviront de base. Les organisations communautaires de base en Asie ont subi depuis longtemps une attention particulière de l'état, ainsi que des ONG, en tant que levier indispensable de développement. Des coopératives d'achat, de transformation et de commercialisation sont crées pour  l'individu entrepreneurial ce qui évite un rôle trop important pour les intermédiaires. En Afrique les relations professionnelles se sont concentrées autour d'un clientélisme primordial dans lequel l'intermédiaire (usine, mareyeur) fournit le matériel nécessaire (glace, essence, filets, pirogue) contre la totalité de la récolte des pêcheurs. Cette dépendance ne peut être brisée que par l'installation de coopératives, gérées par les pêcheurs eux-mêmes en collaboration avec les acteurs économiques.
    Avec le label écologique en appui les trois conditions nécessaires et suffisantes mentionnées ci-dessus pour un développement durable sont présentes. Ces conditions assurent en même temps la conservation de la biodiversité halieutique côtière dans les deux continents. Une certaine compétitivité entre les produits Africains et Asiatiques donnera le garanti aux consommateurs Européens d'une qualité et d'une diversification des produits sous label écologique.
    Dans cette logique, le cadre de concertation s'approche dès son fonctionnement aux activités initiées par le comité néerlandais de l'UICN (NC-IUCN), Friends of the Earth International (FOEI) et World Wildlife Fund (WWF) pour la conservation de la biodiversité dans les zones marines côtières en Afrique de l'Ouest et l'Asie. Le bureau de WAMER à Dakar sera intermédiaire entre les structures.