Réaménagement des bassins traditionnels rizipiscicoles en Casamance
© IDEE Casamance


INDEX : 
Historique
Contexte de développement
Les problèmes à résoudre
Les participants/bénéficiaires et les acteurs principaux
L’intervention
Les objectifs
Résultats & indicateurs
Les activités
Hypothèses et risques
Mise en œuvre
La viabilité
Suivi et évaluation
photo : IRD Guinee

 
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 rapport d'activités  les projets

La zone de projet est constituée de deux villages pilotes dans la région de Ziguinchor au Sud du Sénégal. Les villages de Séléki et de Kagnout sont entourés de mangroves et se situent au milieu des zones humides de l’estuaire du fleuve Casamance. Selon le recensement de 1988, Séléki et Kagnout comptent respectivement 994 et 1 031 habitants.

carte

La région de Ziguinchor est la plus méridionale du pays et correspond à l'emprise de la zone écogéographique de la Basse Casamance depuis la réforme administrative du 1er juillet 1984. Elle est caractérisée par l’estuaire du fleuve Casamance et couvre une superficie de 7 339 km², sa population est évaluée à 544 000 habitants en l'an 2000, soit une densité moyenne de 74 hbts/km². La région se présente comme un long couloir de 360 kilomètres d’ouest en est et de 100 kilomètres du nord au sud, limité à l’ouest par l’océan Atlantique, à l’est par le fleuve Gambie, au sud par les frontières de Guinée-Bissau et de Guinée Conakry et au nord par la Gambie. Le climat est de type Soudano-guinéen : chaud, avec une température moyenne de 27°, et humide. La Casamance est la région la plus arrosée du Sénégal, avec une précipitation moyenne à Ziguinchor de 1 399,8 mm pendant l’époque 1918-2000. Dès le début des années soixante-dix, la pluviométrie annuelle a diminué d’une façon catastrophique. Dans la période 1970-2000 la pluviométrie est descendue à 1 195 mm, ce qui est 32% plus basse que la pluviométrie moyenne de 1 522 mm pendant l’époque 1918-1969. Une autre donnée importante est que les années avec une précipitation plus haute que 2 000 mm étaient assez fréquentes avant 1970, tandis qu'après 1970, la pluviométrie maximale atteignit seulement 1 512 mm, une réduction de 25%. Parallèlement, la fréquence des années avec moins de 1 000 mm de pluie a augmenté. Ces circonstances donnent moins de possibilités à la nature de se recouvrir après une période de sécheresse extrême. Actuellement nous pouvons noter une certaine hausse à partir de 1996 avec une moyenne de  1 426 mm.
L’évolution de la population au cours des vingt-cinq dernières années [recensements de 1976, 1988 et données de 2000] montre une forte progression de la population urbaine. Cette urbanisation accélérée est liée à l’émigration des ruraux en corrélation avec la crise vivrière et à l’installation des populations du Nord du pays. Il existe un taux important de migration temporaire [entre 1 jour et 6 mois d’absence] d'hommes et de femmes à la recherche d'activités rémunératrices qu'ils ne peuvent pas trouver au village.
 
Département 
1992 
2000 
Bignona 
209.587 
221.672 
Oussouye 
44.658 
48.801 
Ziguinchor 
237.189 
273.414 
Région 
491.434 
543.887 
Source: MEFP : 1992 dans le Plan d'Action Forestière de Ziguinchor, 1998 et Statistique Démographique : lettre # 07958/MEF/DPS
 

La région est à prédominance agricole et la culture de riz est la plus pratiquée. L’agriculture, l’élevage et la pêche ne représentent que 7,2% des revenus monétaires dans le monde rural, mais jouent un rôle primordial dans l’autoconsommation. La région compte une faible activité industrielle. Les principales unités industrielles sont implantées à Ziguinchor : on compte une huilerie, trois unités de traitement des crevettes, une usine de bois et un petit domaine industriel pour la promotion de la petite entreprise. Le secteur informel est encore caractérisé par une multitude de micro-entreprises dispersées et sous-équipées. Surtout pendant les dernières années, la région connaît un exode rural explosif, dû à l’opposition croissante entre l’armée Nationale et des forces indépendantistes du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance [MFDC]. Les jeunes, envahissant la ville, ne peuvent trouver de l’emploi et sont destinés à un chômage sans futur. Cela empêche la ville de Ziguinchor profondément de s’élever au rang de métropole d’équilibre. Un frein sur l'exode rural doit ramener un certain équilibre.

Index
carte de la production végétale  au Sénégal en l'an 2000
bio2000
 

Le réseau hydrographique comprend un vaste estuaire du fleuve Casamance, long de 300 km et ses affluents. On parle d'un estuaire inverse avec des salinités qui montent en amont [jusqu'à 160 pour mille]. Ceci est dû au fait que le fleuve Casamance a un régime semi-permanant qui dure de juin à mars avec un débit à quelque 200 km de l'embouchure de 2,3 m³/s. L'apport en eau douce est trop petit pour le bassin drainé ce qui, en combinaison avec une évaporation importante, fait augmenter la salinité. Sa largeur varie de 50 m à Dianah-Malari jusqu'à 8 km à l’embouchure avec un resserrement à Ziguinchor. La profondeur du chenal diminue de 20 m à 1,5 m. Le bassin drainé comprend des grands sous-bassins [Baïla : 1 645 km², Bignona : 750 km², Kamobeul : 700 km², Guidel : 130 km² et Agnack : 133 km²] avec des volumes en eau très variables: de 60 à 280 millions de m³ / an. Le sol est ferrugineux et riche en matières organiques. L’agriculture y est très développée mais reste tributaire de la pluviométrie qui est très inégale dans l’espace et souvent mal répartie dans le temps [RGPH : 88:6]. Ce milieu permet pourtant une riziculture en zones de mangrove datant de plusieurs siècles. Différentes formes de pêche  y constituent une activité importante et génératrice de revenus non négligeables, comme d’ailleurs la cueillette [vin de palme, huîtres, sel, fruits forestiers, et cetera]. La mangrove est fortement dégradée suite aux mutilations faites aux palétuviers par les récolteurs d'huîtres et à la sursalure aggravée elle-même par le déficit pluviométrique. Cette dégradation qui est estimée à 1.500 ha/an se répercute négativement sur les productions diverses de cet écosystème, notamment de l'aire de développement et de cueillette des huîtres, crevettes, poissons, et cetera. Estimée à 150.000 ha au début des années 1980 dont 120.000 ha dans les départements de Bignona et de Ziguinchor, la superficie occupée par la mangrove a été réévaluée en 1993 à 70.000 ha dont 30.000 ha classés dans le département de Bignona [PAFR/Z : 1998].

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Les rizières de bas-fonds sont installées dans une zone de mangrove qui, à part le riz, fournit avec l’estuaire adjoint, les principaux produits nécessaires à survivre dans ce biotope : poisson, huîtres, sel, bois. Les rizières sont protégées contre les eaux salées du bolon [estuaire] par des bassins traditionnels de pisciculture.  Ses bassins sont à leur tour protégés par une digue périphérique d'une vingtaine de centimètres au-dessus du niveau des plus hautes marées. Ces digues sont traversées par des drains [tronc de palmier évidé], généralement établis au pied de la digue. Pendant la saison des pluies, les drains sont fermés pour retenir l’eau douce et d’empêcher l’entrée de l’eau salée. Ainsi, le rôle principal des bassins piscicoles est de protéger les rizières contre la salinité de l'eau du bolon. En même temps, les bassins sont exploités. Durant la culture de riz, les drains sont fermés et les crevettes et poissons piégés y grandissent jusqu’au fin de l’hivernage quand les bassins sont vidés. Le reste de l’année, les drains sont maintenus ouverts. Les poissons qui passent sont capturés avec des nasses placées à l’entrée du drain.
Le déficit pluviométrique et en conséquence une baisse de la production rizicole ont entraîné un exode rural et une dégradation consécutive de l'entretien des digues. Un système ancestral d'exploitation des bas-fonds risque ainsi de disparaître et de renforcer l'exode rural. L'écosystème des bas-fonds laissé à l'abandon ne peut plus servir comme tampon de protection entre les zones humides avoisinantes et les terres de plateau ce qui entraîne une dégradation générale de l'environnement.
Le projet envisage d'abord d'inciter les populations de ces zones à réaménager les digues de protection par une amélioration de la plus importante production de rente: la pisciculture. Une meilleure gérance hydraulique augmente non seulement la production piscicole, mais aussi la production rizicole dans les rizières de bas-fonds. Ceci nécessite d'abord une organisation de la main-d'œuvre et donc social au niveau villageois. La communauté villageoise doit réaliser des étangs piscicoles oblongs de trois mètres de large et longeant le bolon et les rizières en triple rangée. La terre enlevée sert de monter les digues qui protègent les bas-fonds. La production piscicole est le stimulant pour le travail laborieux.
Nous proposons des interventions pilotes dans deux villages, répandus dans la région afin de faciliter à long terme la propagation de ces techniques de poldérisation [confection et entretien des digues, ouvrages hydrauliques et la gérance des eaux fluviales et des marées]. Dans chaque village une bande de quelque quatre cents mètres de longueur et située entre le bolon et les rizières de bas-fonds est aménagée en triples bassins oblongs de pisciculture. Ainsi, une surface cultivable pour l'aquaculture de 3.600 m² est crée par site. Des tests réalisés ces dernières années par la Mission Chinoise Technique ont donné des récoltes de dix tonnes par hectare avec les alevins capturés dans le milieu naturel et les premiers essais d'aliment. Dans peu de temps, des récoltes de vingt tonnes par hectare sont prévues avec un meilleur aliment et les possibilités de reproduction des alevins. Sur le marché les récoltes d'aujourd'hui représentent une valeur de 3.600 x 250 Francs cfa = 900.000 Francs cfa [1.372 Euro].
Pour l'exécution du projet nous demandons une assistance qui nous permet d'assurer la sensibilisation et le suivi des populations, de réaliser une documentation topographique des sites ciblés avec l'aide de cartes, photos aériennes et de techniciens, d'avoir une assistance technique en aquaculture et de donner aux populations les moyens de réaliser ces travaux. Une documentation exhaustive des données de recherche et des résultats d'analyse des interventions doit aboutir à la disponibilité d'un ouvrage de référence pour toute la région. En premier lieu le projet se base sur les compétences disponibles sur le plan national. Les experts en topographie, en analyse des photos aériennes, en hydraulique et en aquaculture viennent de Dakar et effectuent périodiquement des visites de terrain. En étroite collaboration avec le bureau de IDEE Casamance, ces experts composent une équipe pluridisciplinaire qui est active durant toute la durée du projet. Une expérience pareille est unique au Sénégal et servira comme cadre de référence pour les autres projets dans le même domaine. Les institutions de recherche et de formation nationale peuvent approfondir leurs compétences sur le terrain.
1.1.  Contexte de développement
Le bureau de IDEE Casamance entretient des bonnes relations avec les différents organismes étatiques et de coopération qui veillent sur l’environnement et entament des  interventions pour le développement économique de la région. Des concertations périodiques ont lieu au niveau de la Gouvernance.
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1.1.1.  Depuis une dizaine d'années, un projet financé par USaid construit des barrages anti-sel entre les bolons et les vallées avec comme but primaire une augmentation de la production du riz dans les bas-fonds. Cette expérience a démontré qu'une intervention humaine à cette échelle a des avantages [une augmentation de la superficie rizicole], mais aussi des désavantages [nuisance de poissons ravageurs dans les rizières, disparition des mangroves]. La disparition des mangroves et le manque de main d ‘œuvre à la suite de l’exode rural effacent les avantages de l’augmentation en superficie des rizières. Ainsi, nous sommes convaincus que, pour aider les populations à survivre dans cet environnement une exploitation durable des ressources naturelles est indispensable et qu’une adaptation du système ancestral d’exploitation est dans la ligne de mire.
1.1.2.  La marginalité des zones humides pour l'homme c'est jadis traduit par un manque manifeste de législation. Les eaux et les terres avec leurs ressources naturelles respectives sont exploitées par les populations habitant cet écosystème. Ces populations ont installé des limitations dans l'exploitation de ces ressources naturelles. Ainsi, la cueillette, la chasse ou la pêche sur certaines espèces sont défendues dans certaines zones ou pendant certaines périodes. Une exploitation plus intensive et abusive, provoquée par l'arrivée d'immigrants et de nouvelles techniques d'exploitation, a eu des répercussions qui dépassent de loin les frontières de l'écosystème même. Les zones humides sont des zones de reproduction et de repos avec une importance mondiale. Par conséquent, la pêche dans les bolons est maintenant liée à des restrictions bien précises, comme d'ailleurs la coupe de certains arbres. Le gouvernement du Sénégal est bien conscient de l'importance de ces zones humides. Nombreux sont les rapports et plans d'action rédigés, mais pour le moment aucune action n'a pu se réaliser. C'est une des raisons pour laquelle notre proposition de projet a été accueillie avec enthousiasme, de plus que c'est un projet de développement de base dans lequel les populations sont fortement impliquées. Le projet proposé entre dans les directives proposées dans ces plans d'action.
1.1.3.  Une multitude d’études ont démontré la dégradation alarmante des zones humides. Notamment les zones de mangroves sont atteintes par la sécheresse, l’acidification des terres et les mutilations des palétuviers causées par une exploitation de plus en plus intensive. Toutes les sources proposent une adaptation des techniques d’exploitation afin d’arriver à une exploitation durable et écologique des ressources naturelles par les habitants. Mais souvent l’expérience et les moyens manquent pour réaliser ces buts.
1.2.  Les problèmes à résoudre
Depuis des siècles, la principale culture dans les zones de mangrove est le riz. Les bassins situés en aval des rizières jouent un double rôle saisonnier : [1] maintenir une réserve d’eau douce entre le bolon et les rizières durant la période de la culture de riz, empêchant l’intrusion de l’eau saumâtre dans les rizières [2] maintenir un niveau d’eau dans les bassins, protégeant ainsi les fonds des bassins en saison sèche contre l’acidification. En plus de cela, des poissons y sont piégés et les bassins forment ainsi la base d'une aquaculture ancestrale. Un système de tuyauterie [fait de tronc de rônier évidé] permet de contrôler le mouvement de l’eau entre le bolon et les bassins. Les bassins sont séparés des rizières par un canal de 2 à 4 m de large servant de tampon contre l’intrusion de l’eau salée. Les mouvements de l’eau entre les rizières et les bassins se font par les tuyaux ou par ouverture et fermeture de la digue, si cela s’avère nécessaire. Les produits pêchés dans les bassins et canaux [poissons, crabes, crevettes] apportent aux populations, des protéines en complément du riz, la nourriture de base.La protection des rizières contre une augmentation de la salinité et l’acidification est optimale, tant que les digues sont bien entretenues et la gérance d’eau est bien organisée. Le résultat principal d'une bonne gérance hydraulique est une augmentation de la production des rizières de bas-fonds. Depuis les dernières décennies, les récoltes de ce système de production intégrée [rizipisciculture] ont connu un déclin dû [1*] à la réduction des précipitations annuelles depuis 1970 et [2*] au manque de main-d’œuvre dans le village. Du fait de la sécheresse persistante et la dégradation de la production de riz de mangrove, les paysans ont diversifié leurs activités [cultures de plateau] pour combler les déficits vivriers. Par conséquent, moins de temps est consacré aux cultures de bas-fonds. Ce manque de temps s’aggrave en saison sèche, du fait de l’exode des jeunes vers les centres urbains à la recherche d’emploi. Les possibilités de gagner de l’argent au village sont négligeables. L’exploitation des bassins piscicoles n’a qu’une faible valeur commerciale, ce qui ne donne pas assez de motivation pour les familles à maintenir les digues durant la saison sèche [quand il n’y a pas de riziculture]. Par ce manque de bras, les digues se détériorent. Faute de ressources monétaires au village, la location de main d’œuvre est impossible et tout le système hydraulique tombe en faillite. Maintenant que la pluviométrie semble se remettre à la normale, une reprise de ce système de production intégrée [rizipisciculture] est opportune.
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1.3.  Les participants/bénéficiaires et les acteurs principaux
Au plan ethnique, les Diola sont largement majoritaires [61%]. Les autres ethnies les plus représentées sont les Mandingue et les Poular [9,3% et 8,8% respectivement]. Les villages Diola sont grands [entre 500 et 7 000 habitants] et se caractérisent par une grande autonomie politique, économique et religieuse. Ils sont endogames et les relations entre eux, limitées au minimum, sont souvent hostiles. L’enjeu étant le bétail, les prisonniers de guerre [qui sont la plupart du temps troqués contre du bétail] et l’accès aux rizières [Roche, 1973:33+ ; Pélissier, 1966:673+]. Ce passé caractérise, d’une façon ou autre, jusqu’aux nos jours les relations entre les villages.
La riziculture domine tout le calendrier agraire. Le riz est uniquement utilisé pour l'autoconsommation. C'est seulement après la récolte du riz qu'il y a le temps pour des activités rémunératrices. Ceci est valable aussi bien pour l'homme que pour la femme. En ce qui concerne les produits halieutiques, la femme détient, depuis des siècles, toute la filière de l'exploitation de l'huître et la transformation des poissons, tandis que l'homme Diola s'est lancé dans la pêche artisanale autour du village. La pêche constitue aujourd’hui l’une des premières activités économiques de la région. La pêche en mer s’est développée avec l’arrivée de pêcheurs venus du Nord : Sérères Niominka [îles de Saloum], Guet-Ndariens [Saint-Louis] et Lébou [Dakar]. Dans l’estuaire, la pêche s’est développée à la fin des années 40 et au début des années 50 avec l’arrivée de pêcheurs Toucouleurs et Walo-walo, venu du fleuve Sénégal, qui introduisent l’usage des filets dérivants et de la senne de plage. Leur arrivée coïncide avec le développement de l’industrie de transformation et de commercialisation du poisson fumé. A partir de 1960 l’essor de la pêche crevettière, grâce à l’installation d’usines de traitement à Ziguinchor, provoque l’arrivée de nouveaux pêcheurs Toucouleurs et la conversion de nombreux pêcheurs de poissons à la pêche à la crevette [Le Reste, L, et al.:1992]. La pisciculture dans les bassins reste une activité réservée aux cultivateurs des rizières.
Pour le volet genre : comme nous l'avons souligné plus haut, l'opposition de sexe dans le mode de production Diola n'est pas hiérarchique mais plutôt complémentaire. La division de tâches laisse une grande autonomie à l'individu. Cette autonomie est récompensée par une responsabilité très spécifique dans le budget familial. Ainsi les revenus ou produits d'activités individuelles sont partagés dans les responsabilités familiales, tandis que le produit des activités complémentaires comme le riz est réparti dans les greniers respectifs et se retrouvent partagés durant l'année selon des critères bien précis. La cueillette de petits poissons et la transformation et la commercialisation des produits halieutiques est le domaine des femmes. Le projet est simplement greffé sur un système d'exploitation existant et apporte des adaptions des techniques d'exploitation existantes sans changer profondément l'organisation. Seul atout nécessaire pour une réussite est une cohésion villageoise plus profonde qu'avant. Ainsi, concernant les activités du projet, les hommes labourent la terre et élèvent les digues tandis que les femmes fournissent les alevins et commercialisent les [produits de] poisons.
1.3.1.  Les villages ciblés sont Kagnout et Séléki. Les rizières de bas-fonds de ces villages se trouvent dans une zone de mangrove qui, à part le riz, fournit, avec l’estuaire adjoint, les principaux produits nécessaires à survivre dans ce milieu rural: poisson, sel, bois. Les rizières sont protégées contre les eaux salées du bolon [estuaire] par des bassins traditionnels de pisciculture.  Ses bassins sont à leur tour protégés par une digue périphérique, haute d'une vingtaine de centimètres au-dessus du niveau des plus hautes marées. Ces digues sont traversées par des drains [tronc de palmier évidé], généralement établis au pied de la digue. Pendant la saison des pluies, les drains sont fermés pour retenir l’eau douce et d’empêcher l’entrée de l’eau salée. Ainsi, le rôle principal des bassins piscicoles est de protéger les rizières contre la salinité du bolon. En même temps, les bassins sont exploités. Durant la culture du riz, les drains sont fermés et les crevettes et poissons piégés y grandissent jusqu’au fin de l’hivernage quand les bassins sont vidés. Le reste de l’année, les drains sont maintenus ouverts. Les poissons qui passent sont capturés avec des nasses placées à l’entrée du drain.
Normalement on distingue des petits et des grands bassins [Diallo, 1989]. Les petits bassins sont collés aux rizières tenant la même forme que les rizières, et sont séparés des mangroves et le bolon par un grand bassin. Ces petits basins sont en réalité des rizières abandonnées à cause de la sécheresse et de la salinité. Quand les pluies sont abondantes, les petits bassins sont de nouveau transformés en rizières. Ainsi, les surfaces cultivées varient selon la pluviométrie. La production de riz est de 1 200 kg/ha/an.
Les principales espèces capturées dans les bolons et les bassins traditionnels peuvent être catégorisés  dans les groupes tilapia sp. [Tilapia guineensis, Sarotherodon melanotheron] mugil sp. et arius sp. Ce sont des espèces euryhalines  qui migrent dès que possible des eaux sursalées vers des eaux saumâtres ou même douces. Quand la salinité monte, seulement les tilapias survivent des salinités au-dessus de 80 pour mille La production obtenue à la fin de la saison des pluies dans les bassins traditionnels est en moyenne 355 kg ha-1 [référence du village de Djivente], ce qui est faible. Pendant la saison sèche les drains des bassins, munis de nasses, fonctionnent comme un piège à poisson. En fonction des marées l’eau entre ou sort du bassin et les nasses sont placées avec l’ouverture face au courant. Les poissons sont petits [au-dessous de 12 cm] et destinés à l’autoconsommation. Bien que les quantités capturées à chaque marée soient très faibles [0.25 - 1.0 kg ] la totalité piégée durant la saison sèche peut arriver à 50-150 kg par nasse. Les grands bassins ont dans la digue périphérique des tuyaux munis de nasse tous les 80-120 m. Jusqu’aux nos jours, il n’y a pas d’études sur le fonctionnement et les rendements des bassins traditionnels en saison sèche.
1.3.2.  IDEE Casamance entretient des bonnes relations avec les services régionaux de la Pêche et celui des Eaux et Forêts, structures de tutelle pour l'exploitation de la zone. Une concertation périodique s'est installée durant l'exécution du projet d'assistance technique aux femmes productrices d'huîtres, en cours. Basé sur ses expériences, IDEE Casamance veut composer une équipe pluridisciplinaire qui regroupe toutes les compétences au niveau national. Les interactions entre ces différents acteurs et les populations qui y insèrent leurs expériences ancestrales, doivent fournir le cadre de référence pour les interventions.
1.3.3.  Le projet veut adapter les techniques de poldérisation et de la gérance des eaux pluviales aux conditions locales et en utilisant les technologies modernes. Ces nouvelles techniques sont donc basées et greffées sur les techniques ancestrales des populations. L’interaction entre les populations et l’équipe pluridisciplinaire est supervisionnée par le bureau de IDEE Casamance dont les enquêteurs participent au niveau villageois et livrent les données socio-économiques.
Index
2.1.  les objectifs
2.1.1. Objectifs généraux :
- sécurité alimentaire avec une plus grande sécurité de la production rizicole et un ajout en protéine avec la pisciculture
- un frein à l'exode rural saisonnier par l'accès à une culture de rente au niveau villageois
- une meilleure protection des rizières de bas-fonds contre l'acidification et la salinisation
- adaptation de la gérance hydraulique en conséquence un meilleur écoulement des eaux pluviales avec moindres dégâts aux digues, une meilleure maîtrise des eaux dans les rizières de bas-fonds et dans les bassins piscicoles
- exploitation durable des bas-fonds, terres entre bolon et plateau, ce qui renforce leur rôle de tampon de protection en conséquence met un frein sur la dégradation générale de l'écosystème
2.1.2. Objectifs spécifiques :
- adaptation des techniques de gérance hydraulique
- introduction de nouvelles techniques de pisciculture
- expérience de travail dans une équipe pluridisciplinaire et actualisation d'expertise pour les cadres locaux
- consolidation de la cohésion villageoise
2.2.  Résultats & indicateurs
2.2.1. adaptation des techniques de gérance hydraulique
Avec les nouvelles techniques de détection, l'emplacement des digues de ceinture et des canaux d'évacuation peut être mieux étudié. En y ajoutant l'utilisation du matériel plus durable pour la tuyauterie le système hydraulique est de beaucoup amélioré et plus performant.
o inventaire topographique du site [photos aériennes, analyse des cours d'eau, topographie]
o creusage de canaux perpendiculaires sur le bolon avec écluses
o installation de la tuyauterie en PVC dans les bassins et les canaux
2.2.2. introduction de nouvelles techniques de pisciculture
Les bassins oblongs en triple rangées ont la même surface cultivable que les étangs rectangulaires de pisciculture. La largeur de trois mètres permet un terrassement et une évacuation des terres plus facile tandis que la terre évacuée sert pour élever les digues de protection. Les bassins sont ensemencés avec des alevins de Tilapia guineensis de sexe masculin. Un aliment sur base de son de riz, tourteaux d'arachide et farine de poisson est ajouté à l'aliment naturel des bolons. Dans le proche avenir, les alevins pêchés dans l'écosystème sont remplacés par des alevins venant de bassins de reproduction, ainsi une disponibilité en alevins est assurée l'année durant.
o implantation de bassins rectangulaires avec digues de protection entre le bolon et les rizières de bas-fonds
o ensemencement des bassins avec des alevins de Tilapia guineensis, mono-sexe
2.2.3. expérience de travail et formation des cadres locaux
les retombées principales de cette première année teste qui doivent assurer la continuité et donc la durabilité des actions proposées, sont de donner la possibilité aux cadres locaux l'accès aux nouvelles techniques proposées et les moyens de les adopter.
o concertations et séances de travail de l'équipe pluridisciplinaire
o échange technique dans la sous-région et international
o coopération avec des institutions de formation [universités, écoles de formation professionnelle, et cetera]
2.2.4. consolidation de la cohésion villageoise
L'exploitation des rizières de bas-fonds, la gérance hydraulique  et l'entretien des digues est a priori une activité individuelle [familiale] et non communautaire. Une exploitation durable et performante demande une gérance hydraulique qui nécessite la coopération de tout participant. Une fracture dans les digues des bassins piscicoles qui protègent les rizières de bas-fonds met tout en cause. Ainsi les villageois doivent être organisés et les activités alignées.
o étude de terrain sur la propriété et l'organisation de l'exploitation des rizières de bas-fonds
o sensibilisation des villageois et formation de groupes collectifs de travail
o planning, coordination, rapportage et suivi des actions
2.3.  Les activités
· inventaire topographique des deux sites [photos aériennes, analyse des cours d'eau, topographie, et cetera]
· étude de terrain sur la propriété et l'organisation de l'exploitation des rizières de bas-fonds
· sensibilisation des villageois et formation de groupes collectifs de travail
· implantation de bassins rectangulaires avec digues de protection entre le bolon et les rizières de bas-fonds. Ces bassins piscicoles ont une largeur de trois mètres et une profondeur de 1,20 mètres. Le cubage de terre à enlever pour trois rangées de bassins et sur 400 mètres de longueur est donc 1,20 * 3 * 400 * 3 = 4.320 m³. Un total de 6.000 m³ par site est prévu.
· creusage de canaux perpendiculaires sur le bolon
· installation de la tuyauterie dans les bassins et les canaux
· ensemencement des bassins avec des alevins de Tilapia guineensis, mono-sexe
· adaptation de l’aliment pour la pisciculture
· planification, coordination, rapportage et suivi des actions
· propagation des techniques de poldérisation, de gérance des eaux pluviales et d’aquaculture
4.1. Après avoir réalisé des recherches socio-économiques, les données sur l’organisation sociale et les techniques actuelles sont rassemblées avec les propositions d’adaptation de l’équipe pluridisciplinaire. Avec le travail participatif des enquêteurs au niveau villageois, ces nouvelles techniques sont proposées aux populations. A fur et mesure ces techniques sont utilisées et adaptées par les populations. Tandis que la recherche pour un aliment approprié pour l’aquaculture reste en premier lieu scientifique, l’adaptation des nouvelles techniques de poldérisation et de la gérance des eaux pluviales est faite sur le terrain. Tout le processus est documenté pour faciliter la propagation successive des résultats.
4.2. Les intrants
Index
moyens humains en € 

étude d'un topographe [f / h] sur les deux sites 
5.640,24 
analyse/conseil d'un expert [f / h] d'analyse des photos aériennes 
2.286,59 
appui/conseil d'un expert [f / h] en aménagement hydraulique 
5.640,24 
appui/conseil d'un expert [f / h] en aquaculture 
11.280,49 
un informaticien [f / h] 
7.682,93 
un coordinateur de projet [f / h] 
21.951,22 
4 enquêteurs, animateurs [f / h] 
24.146,34 
main d'œuvre villageoise 
9.146,34 
moyens matériels en € 

photos aériennes, cartes, et cetera 
3.658,54 
matériel pour terrassement 
5.335,37 
matériel de bureau et informatique 
1.753,05 
matériel de tuyauterie et de construction pour les écluses et autres ouvrages 
6.097,56 
moyens et frais de transport 
17.945,12 
éperviers, filets, petit matériel d'analyse, aliment, et cetera 
12.195,12 

 
pour les moyens humains 
87.774,39 
pour les moyens matériels 
46.984,76 
administration & divers 
38.871,95 
total 
173.631,10 
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5.1. des activités : « réaménagement des bassins traditionnels rizipiscicoles » est un projet pilote dont les résultats doivent inciter les autres villageois dans la région d’adopter les nouvelles techniques de poldérisation. L’équipe pluridisciplinaire est issue des instituts nationaux de formation et l’expérience acquise doit être intégrée dans la formation. Ainsi, des groupes d’étudiants peuvent collaborer avec les autres demanderesses d’assistance technique et l’innovation peut couvrir toute la région. La durée du projet doit permettre aux différents instituts d’intégrer ce volet pratique dans les cours. Des groupements paysans peuvent facilement coordonner ces actions. Puisque les innovations des techniques de poldérisation sont greffées sur des anciennes techniques et en fait utilisent seulement les vertus des technologies actuelles, on peut considérer que les propositions sont adéquates. Ces nouvelles techniques demandent des investissements en matériel pour les ouvrages ce qui peut être couvert par les revenus de la pisciculture. Une meilleure cohésion villageoise doit assurer un bon déroulement de la continuation des activités.
5.2. de l’organisation locale : la durée du projet doit permettre au bureau de IDEE Casamance de réunir les différents groupements paysans avec les instituts de formation. La demande d’innovation des groupements villageois et l’intégration des techniques dans les cours de formation doivent entraîner la propagation continue de ces techniques. IDEE Casamance restera en contact avec les villages par ses futurs projets.
5.3. des actions génératrices de revenus : dans chaque village une bande de quelque quatre cents mètres de longueur et située entre le bolon et les rizières de bas-fonds est aménagée en triples bassins oblongs de pisciculture. Ainsi, une surface cultivable pour l'aquaculture de 3.600 m² est crée par village pilote. Des tests réalisés ces dernières années par la Mission Chinoise Technique ont donné des récoltes de dix tonnes par hectare avec les alevins capturés dans le milieu naturel et les premiers essais d'aliment. Dans peu de temps, des récoltes de vingt tonnes par hectare sont prévues avec un meilleur aliment et les possibilités de reproduction des alevins. Sur le marché les récoltes d'aujourd'hui représentent une valeur de 3.600 x 250 Francs CFA = 900.000 Francs CFA [1.372 Euro]. Les techniciens Taiwanais prévoient dans le proche avenir la reproduction des alevins dans des bassins de reproduction et la disponibilité d’un aliment adapté. Ainsi, nous attendons des récoltes beaucoup plus importantes.
5.4. de la formation professionnelle : la collaboration entre les groupements paysans et les instituts de formation doit assurer ce volet.
6.3. Un séminaire avec tous les participants est organisé quelques mois après l’hivernage quand les plus grands effets des interventions se sont manifestés. Les villageois, l’équipe pluridisciplinaire et les membres du bureau de IDEE Casamance participent à ce séminaire qui se tient en mois d’avril. Le rapport de ce séminaire est l’évaluation annuelle.
6.3.1.  Les rapports d’activités et la comptabilité sont rédigés dans les mois de juin. Toutes les actions et dépenses sont justifiées durant la concertation annuelle avec le bureau d’Amsterdam qui a lieu autour du 1er juillet.
6.3.2.  Dans les termes de références qui déterminent les relations entre le bureau de Ziguinchor et le bureau d'Amsterdam des visites de terrain sont prévus et les modalités de la justification périodique définies. Selon la disponibilité de ses membres, le bureau d'Amsterdam est libre dans son choix de sa représentation durant les concertations entre les deux bureaux et les visites de terrain.
6.3.3.  Les trois membres de la direction du bureau d'Amsterdam de IDEE Casamance sont responsables pour le bon déroulement des activités du projet soumis. En premier lieu, le trésorier M. Arends, Johan Wilhelm a été choisi évaluateur. Les évaluations susmentionnées sont envoyées à la CE.
6.3.4.  La CE peut directement réaliser sa propre évaluation
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