La pirogue branchée en Casamance, Senegal




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Les objectifs
Le financement:
La pirogue Niominka branchée
Quelques premières réflexions et conclusions

  Les photos
 

les photos de la pirogue branchee

 
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Les objectifs:

Le projet vise d'apporter une solution pour le désenclavement des villages qui se situent dans les zones humides de la région de la Casamance au sud du Sénégal. Le résultat principal est un meilleur écoulement des produits villageois vers les marchés locaux par une amélioration du transport fluvial. Surtout les femmes de ces villages au milieu des zones de mangroves dépendent pour leurs revenues monétaires des produits maraîchères et de la transformation des ressources naturelles. Ces produits doivent être écoulés sur les marchés locaux et le seul moyen de transport est par le fleuve Casamance. Pour cela une grande variété de pirogues motorisées ou pas sont utilisées. Actuellement elles utilisent de plus en plus des pirogues équipées de hors-bord pour transporter rapidement les produits périssables. Mais ces hors-bord sont très cher en achat, en entretien et en fonctionnement [ils consomment beaucoup d'essence] ce qui rend le transport très cher pour ces femmes.

Ainsi, le bureau de IDEE Casamance a reçu de multiples demandes à essayer d'améliorer ce transport fluvial. Après une visite en Thaïlande nous avons choisi un système de propulsion qui est beaucoup utilisé là-bas et qu'on dénomme "longtail". Ce système, qu'on va appeler "pirogue branchée" au Sénégal, a complètement remplacé les hors-bord et constitue d'un moteur de n'importe quel type [diesel, motopompe, camion, neuf ou occasion, et cetera] auquel est accroché un arbre de 3 à 4 mètres avec hélice. Non seulement ces moteurs consomment beaucoup moins que les hors-bord, mais les villages seront aussi plus accessibles en marée basse puisque les hélices peuvent presque complètement sortir de l'eau avec l'arbre de 3 à 4 mètres qui peut pivoter dans tous les sens.

Afin de pouvoir adapter ce système de propulsion le mieux possible aux conditions locales et de sensibiliser les populations, une pirogue teste est construite qui, pendant une année, fera des aller-retour entre villages et marchés locaux. Ainsi, les populations peuvent admirer et juger ce nouveau système de propulsion et l'adopter en cas d'efficacité. Pour ceux qui veulent le copier, une documentation sera présente et, grâce à la période teste, la technologie est approfondie au niveau des ateliers mécaniques participatifs. Après une année d'essais la pirogue branchée est attribuée à un groupement de femmes d'un village ou d'un ensemble de villages. La durabilité du déploiement de cette technologie adaptée est assurée par le temps que les populations aient eux-mêmes pour la comparer avec les hors-bord. Depuis des années, ce système c'est prouvé en Asie et une première introduction en Afrique sera un bon exemple d'un échange de technologie Sud-Sud. Le projet donne aussi une grande autonomie aux artisans locaux participatifs.
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Le financement:
En premier lieu le projet est devenu possible grâce aux bailleurs de fonds suivants:

Le magasin Emmaus à Wageningen aux Pays-Bas pour un montant de 2.080.000 Francs cfa
Le magasin Emmaus à Haarzuilens aux Pays-Bas pour un montant de 2.080.000 Francs cfa
Le magasin Emmaus à Bilthoven aux Pays-Bas pour un montant de 894.000 Francs cfa

Le 04 janvier 2000 un montant de 5.053.203 Francs cfa est versé sur le compte de IDEE Casamance à Ziguinchor.

Après concertation avec les artisans locaux et vu le budget disponible [72,9% du budget initial demandé] nous avons décidé de commencer avec une pirogue traditionnelle, taillée dans un tronc d'arbre, et équipée avec un moteur de voiture refroidi à air. Des artisans sont partis en brousse pour chercher un grand fromager et un atelier mécanique de la place a trouvé un moteur Citroën 2CV d'occasion qu'ils mettent en état. L'arbre d'hélice et les bagues sont tournées sur place.

Nous avons reçu l'annonce le 16 février 2000 que, par intermédiaire de Wetlands International - AEME [Programme Afrique de l'Ouest], l'ambassade du Royaume Uni à Dakar est prête à participer au projet avec un montant de 5.070.000 Francs cfa. Seul condition est qu'une pirogue toute neuve est construite par un charpentier à Ziguinchor, comme prévu dans le budget initial.  

Les activités:

Il y a trois charpentiers à Ziguinchor qui construisent sur leurs différentes cales de carénage une grande variété de modèles de pirogues selon les besoins des maîtres d'ouvrages : pêcheurs, transporteurs, et cetera. La base principale de ces pirogues est un grand morceau de bois d'où est taillé une quille. Les pirogues sont ensuite construites avec des planches de 'bois rouge' qui sont fixées sur la quille avec du fer à béton de 14 mm. Les planches ont une largeur de 50 cm, une épaisseur de 5 et une longueur de 8 mètres. La pirogue construite est une pirogue de type Niominka, nom Serrer pour une pirogue qui est beaucoup utilisée dans le Sine-Saloum. Le bois, connu sous le nom "bois rouge", vient du Cailcedrat ou Acajou du Sénégal. Un autre bois, l'Iroko ou tombeceau noir, un bois de couleur jaune est aussi utilisé. Après concertation le choix est tombé sur la construction d'une pirogue de 15 mètres de longueur. Un moteur du type Citroën 2CV ne suffit pas pour une pirogue aussi grande et il fallait trouver un autre moteur. La petite pirogue avec le moteur de 2CV servira dès maintenant comme prototype qui sera utilisé pour tester des différents supports moteur et arbres d'hélice. Pour le moteur de la pirogue Niominka, le choix est tombé sur un moteur Renault Saviem SG2 d'occasion. Ce moteur diesel est beaucoup utilisé dans le transport en commun et donc bien connu au Sénégal avec des pièces de rechange en vente partout.

Entre-temps, la petite pirogue est taillée dans un tronc d'un fromager ou Ceiba pentandra avec une longueur de 11 mètres et un fond de 60 centimètres de large. L'arrière est préparé de telle façon que le moteur avec l'arbre d'hélice peut pivoter dans tous les sens. Sur le moteur de 2CV, qui peut développer quelque 28 chevaux en puissance, est fixé l'arbre d'hélice de quelque 3,5 mètres. L'axe est fait d'un fer à béton de 25 mm. qui tourne dans un tuyau galvanisé rempli d'huile de vidange et l'hélice est en bronze. Le mardi 04 avril 2000, journée d'indépendance au Sénégal, fut la mise à eau et la première sortie pour la pirogue, depuis appelée "branchée" par les populations. Cette première sortie a vite révélé que l'hélice en bronze, que nous avions trouvé d'occasion, était trop grande pour le moteur. En plus, avec le moteur qui surplombe bien la pirogue, celle-ci n'était pas très stable et il faut absolument faire quelque chose avec son équilibre. Ce même problème nous l'avions rencontré en Thaïlande et on nous a montré une multitude de solutions. Mais d'abord nous devrions trouver une autre hélice. Problème est que le moteur d'une voiture tourne dans l'autre sens qu'un hors-bord et sur le marché nous pouvons facilement trouver une hélice pour hors-bord, mais difficilement une hélice pour un in-bord. Nous avons alors décidé de faire la fonte d'une hélice en aluminium en utilisant l'hélice en bronze comme moule. Les palles de celle-ci peuvent être réduites selon les besoins. En premier lieu, la pirogue est stabilisée avec une sorte de plate-forme au niveau de la ligne de flottaison à l'arrière. Plusieurs sorties après ont démontré que l'hélice fonctionne bien mais qu'il faut trouver une autre façon pour équilibrer la pirogue.
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La pirogue Niominka branchée  

Nous avons eu plusieurs concertations avec des différentes personnes à Dakar qui sont spécialisés dans la construction marine [SeneMeca, DMO, Bernabé, etc.], pour la confection de l'arbre. Les propositions de factures pro-forma de deux sociétés de la place tournent autour de Un Million de Francs cfa [1.000.000], ce qui est beaucoup trop cher pour notre budget. Ainsi nous allons confectionner un arbre sur place. Nous avons alors acheté un arbre en acier XC 38 avec un diamètre de 40 mm et une longueur de 3,5 m et un tuyau API. Un gabarit en bois est construit sur l'arrière de la pirogue avec les dimensions du moteur et de l'arbre de l'hélice afin de pouvoir déterminer la pose du moteur. La ligne de flottaison qui va changer avec le poids du moteur et avec la poussée de l'hélice est calculée à l'improviste et avec l'aide du gabarit. Nous avons constaté que les différentes pièces, nécessaires pour le support moteur, sont beaucoup plus chères à Ziguinchor qu'à Dakar. Mais puisqu'un des objectifs du projet est de travailler avec l'artisanat local et d'utiliser le plus possible des matériaux locaux, nous avons décidé d'acquérir au maximum les pièces sur place, neuf ou occasion. Sur demande par Internet nous avons reçu des nouvelles photos d'exemples de 'longtail' de nos partenaires en Thaïlande. Celles-ci nous ont beaucoup aidé à montrer aux mécaniciens le mécanisme que nous voudrions monter. Les problèmes majeurs à résoudre restent la lubrification de l'arbre, l'arrêt de la poussé de l'hélice et de calculer le rapport entre le régime du moteur et le diamètre de l'hélice. Ainsi, le moteur est monté avec sa boite de vitesse afin de tester le rapport entre le régime du moteur et l'hélice.

La mise à eau et la première sortie sont réalisées le lundi 29 mai. Un problème de refroidissement du moteur s'est vite révélé. Au début nous voudrions refroidir le moteur avec un circuit fermé de tuyaux galvanisés, longeant la coque au-dessous de la ligne de flottaison, mais quand même choisi l'utilisation du radiateur d'origine. Nous avons perdu beaucoup de temps à résoudre ce problème parce que, comme c'est le cas en utilisant des pièces d'occasion, le problème se cache toujours derrière une grande variété de combinaisons de causes: un radiateur bouché, une mauvaise manipulation du moteur avec la boite de vitesse, l'inexpérience du piroguier qui utilise des vitesses trop grandes, et cetera. Après enfin avoir résolu ce problème, nous avons aperçu que les disques d'embrayage étaient usés et qu'il y avait un bruit dans les roulements de l'arbre d'hélice. Nous avons du démonter tout le moteur avec l'arbre pour changer les disques et les roulements.

Fin janvier 2001 nous avons enfin pu faire une deuxième série de sorties testes. Les nouveaux disques d'embrayage ont démontré que la quatrième vitesse ne pouvait pas être utilisée. En vitesse de croisière la pirogue branchée avance à la même vitesse que quand elle est équipée avec un hors-bord Yamaha de 40 ch. La consommation est de 10 litres de gasoil par heure [un litre de gasoil est actuellement 396 F cfa tandis que le mélange pour hors-bord est à 337 F cfa].
Le 01 avril 2001 est une journée noire pour la pirogue branchée: dans la nuit de samedi 31 mars et dimanche 01 avril, ancrée paisiblement au port sous un ciel clair et temps calme, elle s'est renversée. Le lendemain nous avons seulement vu la pointe de la coque sortir de l'eau. C'est toujours un mystère ce qui c'est passé……..

Très vite, avec les courants des marées, le support du moteur a cassé ce qui nous a permis de sauver la pirogue, mais le moteur a disparu dans l'eau du fleuve. Dans les semaines qui suivent, les plongeurs des Sapeurs Pompiers ont pu retrouver le moteur. Après plusieurs tentations manquées, quatre vieux pêcheurs ont réussi de sortir le SG2 du fleuve en utilisant seulement deux petites pirogues, une poulie faite avec une branche d'arbre et des cordes, quatre paires de bras couverts de peau morte et beaucoup d'expérience.

Le moteur est actuellement en révision.

La petite pirogue est stabilisée avec des flotteurs aux deux cotés et attends la fin de l'hivernage.

Quelques premières réflexions et conclusions:

Malgré le fait qu'une importante contribution est donnée à l'emploi des artisans locaux, et non seulement en quantité, mais aussi en qualité avec l'expérience acquit, le choix d'utiliser surtout l'artisanat local provoque des grands retards dans la réalisation du projet. Trop souvent ils décident de prendre des chemins battus au lieu de risquer l'inconnu. Mais quand la réussite d'un changement est manifeste, ils finissent par l'adopter [voir la fonte de l'hélice en aluminium]. Ainsi, c'est seulement après que la pirogue a fait plusieurs sorties sans problèmes que des transporteurs et des pêcheurs sont devenus intéressés et sont venus poser des questions.

La promotion de la pirogue prend beaucoup plus de temps que prévu. Entre autres parce que les villageois sont apparemment moins libres dans leur choix du moyen de transport. Même si une pirogue, qui est gérée par un villageois ou un groupement villageois, a des inconvénients par rapport à l'heure et date de départ ou prix de transport, les gens préfèrent quand même prendre celle-ci au lieu de celle qui vient de l'extérieur. Cela pose aussi problème de trouver un piroguier qui est prêt à briser ce monopole.
Mais en tout cas, le projet a besoin de beaucoup plus de temps pour vraiment s'intégrer.

mai, 2003
Ziguinchor / Amsterdam
pour IDEE Casamance
John Eichelsheim
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